dimanche 13 octobre 2013

Nouveau blog en anglais

Voilà un moment que l'idée de bloguer en anglais me trotte dans la tête. Il y a du pour et du contre :

  • Je m'exprime plus clairement, plus précisément et plus subtilement en français. Et j'aime écrire en français.
  • Il est important qu'il y ait des blogs de philosophie en français.
mais
  • Ecrire en anglais peut me permettre de m'améliorer dans cette langue, qui est quand même la langue de travail principale en philosophie (au moins pour certaines branches de la philosophie)
  • Ecrire en anglais peut rendre accessible mes textes à un nombre de lecteurs plus importants et augmenter les échanges.

Je pense qu'un compromis est possible, c'est pourquoi j'ai décidé de continuer ce blog, lui réservant la primauté de mes textes, tout en proposant de temps à autre certaines traductions (très libres, des réecritures plutôt) de mes articles en anglais sur un nouveau blog (http://physicsandthemind.blogspot.fr). La quantité de travail que je fournirai pour l'un ou l'autre des deux blogs dépendra essentiellement des retours.

Le premier article est une traduction libre de celui-ci sur le libre arbitre (je sais que le sujet est très débattu dans les blogs anglosaxons). Enjoy!

vendredi 4 octobre 2013

Book Review : Michael Smith, the Moral Problem

[Je publie ici un devoir d'anglais réalisé dans le cadre de mon master de philosophie l'an dernier : il s'agit d'une revue de "The Moral Problem" de Michael Smith. Dans la partie "discussion", je défend l'idée (inspirée par Smith) que les raisons normatives, impliquées dans les jugements moraux, portent sur des désirs de second ordre. L'objectivité des jugements moraux proviendrait de l'abstraction inhérente aux désirs de second ordre. Le texte est assez dense : le devoir était limité en taille...]

jeudi 19 septembre 2013

Etats de fait (physiques, mentaux) et événements

Pour poursuivre l'analyse, entamée dans un dernier billet, de la causalité de haut niveau (notamment mentale), il convient de s'intéresser à l'articulation entre états de faits et événements. Pour ce faire je vais repartir d'une thèse déjà développée sur ce blog (en la développant suivant les réflexions que m'inspire cet article de François Loth). Il s'agit de s'inscrire en faux contre les prémisses du débat métaphysique contemporain à propos de la causalité mentale, qu'on décide de lui donner une réponse dualiste ou physicaliste, et qui consiste à mettre sur le même plan propriétés / états physiques et mentaux, comme si ceux-ci cohabitaient dans le monde.

En fait tout dépend de ce qu'on qualifie de proprement "mental", mais il est coutume, en philosophie de l'esprit, de faire référence par ce terme aux aspects phénoménaux et intentionnels, privés, de l'expérience. Or je pense que suivant cette compréhension le mental et le physique n'appartiennent pas à la même catégorie ontologique : il s'agit plutôt en fait de différentes approches complémentaires pour décrire le même monde : soit sur le plan intentionnel, soit sur le plan de "ce qui est", c'est à dire ce qui s'offre à nos intentions. La thèse proposée ici s'apparente donc à un monisme neutre tel que celui défendu par Russell, et on peut en tirer des conséquences quant à la notion d'état en général et ainsi éclairer le débat sur la causalité.

On peut s'opposer de différentes façons à cette thèse : de manière seulement négative, en rejetant l'idée que le physique et le mental constituent des approches complémentaires à propos des mêmes phénomènes ; de manière positive, en défendant l'idée qu'états physiques et mentaux appartiennent bien, au contraire, à une même catégorie ontologique (qu'ils soient distincts, ou que l'un se réduise à l'autre). Commençons par cette dernière approche.

dimanche 15 septembre 2013

Science, pseud-science et philosophie

Il n'existe pas de définition précise de la science. Il n'existe pas de définition précise de la philosophie non plus. C'est sans doute que les deux se recoupent en partie, mais il conviendrait de mieux comprendre cette articulation pour pouvoir répondre aux questions suivantes : qu'est-ce qu'une pseudo-science et pourquoi doit-on les rejeter (si on le doit) ? La philosophie est-elle rendue obsolète par le science, et si non, quel est son rôle ?

dimanche 18 août 2013

Y a-t-il une causalité de haut niveau ?

La croyance en l'existence d'une authentique causalité de haut niveau, qui ne se réduise pas à une causalité micro-physique, est finalement principalement motivée par l'intentionnalité. Après tout le réductionnisme n'est pas vraiment gênant pour ce qui est de la plupart des objets du monde : on veux bien croire que « la flamme cause la fonte du glaçon » signifie en fait qu'un état physique, qu'on se représente à l'échelle macroscopique comme une flamme à proximité d'un glaçon, a pour évolution probable un état physique qu'on se représentera macroscopiquement comme une flamme et un glaçon fondu (tandis que le même état sans la flamme n'aurait pas eu la même évolution). Peut-être certains voudraient défendre l'idée qu'il existe une authentique flamme et un authentique glaçon qu'une authentique relation de causalité relie, chacun étant un peu plus que l'état microphysique qui les réalise (on pourrait même avancer la difficulté qu'il y a à réduire strictement les transitions de phase de l'eau comme argument) mais cette idée paraît un peu ésotérique.

Ce n'est que quand on prête à l'un des objets une certaine intentionnalité qu'on voudrait que la relation de causalité soit plus authentique. Si j'éteins la flamme en soufflant dessus, c'est bien moi qui ai causé intentionnellement l'extinction de la flamme, et il me semble a peu près indéniable que mon intention, à un moment donné, a formé un tout autonome, c'est à dire qu'elle a existé authentiquement en moi comme cause de mon souffle, et non comme la simple représentation arbitraire d'un état physique extérieur. Par projection, je suis prêt à croire en l'existence d'une causalité de haut niveau à peu près partout où je suis prêt à attribuer une certaine forme d'intentionnalité à des agents, et si c'est un autre qui souffle la flamme, je croirai au même titre qu'une intention autonome a, quelque part, existé au delà de l'état micro-physique qui lui correspond, état physique dont toute unité serait arbitraire et essentiellement représentative -- alors qu'à n'en pas douter, il a vraiment voulu souffler la flamme.

Partons donc du principe qu'il existe, au moins dans ces cas où une existence « en première personne » est en jeu, une authentique causalité de haut niveau. On peut se demander s'il s'agit alors d'une causalité de même nature que la causalité microphysique, celle, par exemple, qui a lieu entre la flamme et le glaçon indépendamment de mon action, ou bien si les deux sont différentes et ne méritent finalement pas le même nom.

mardi 13 août 2013

Présentisme et mécanique quantique

Nous avons vu dans un billet précédent que si l'on est présentiste, on peut considérer que le passé est contenu dans le présent sous forme de contraintes, de "trace", et que différents futurs sont également contenus dans le présent sous forme de possibles anticipés, bien que futurs et passé ainsi conçus, à la différence du présent, ne bénéficient pas d'une réelle actualité. Nous avons vu que contrairement à ce qui est souvent affirmé, le présentisme n'est pas incompatible avec la théorie de la relativité si l'on dissocie la simultanéité telle qu'elle est conçu en relativité de la question de l'actualité. Demandons nous maintenant s'il est possible d'accorder le présentisme avec la seconde théorie fondamentale de la physique moderne, à savoir la mécanique quantique, et quelles conséquences il est possible de tirer de leur union.

dimanche 11 août 2013

Les OGM : arguments moraux, scientifiques et économiques

La manipulation génétique des organismes vivant est-elle en tant que telle condamnable ? Faut-il interdire l'introduction des OGM dans la nature, dans notre alimentation, voire même la recherche sur les OGM ? Il s'agit d'un débat complexe ou règne souvent une certaine confusion entre différents arguments, et je souhaite ici le clarifier en abordant ses différents pendants.

Pour ce faire, on peut commencer par distinguer deux questions : la manipulation génétique est-elle condamnable moralement, simplement pour ce qu'elle est ? Est-elle condamnable en vertu de ses conséquences potentiellement néfastes sur la nature, la santé ou l'économie ?

dimanche 30 juin 2013

Présentisme et théorie de la relativité

McTaggart a introduit les termes de « théorie A » et de « théorie B » à propos de différentes façons de concevoir le temps. Pour la « théorie A » (associée au présentisme), un événement donné possède la propriété d'être présent, passé ou futur de manière absolue. Pour la théorie B (associée à l'éternalisme), passé, présent et futur sont des notions relatives : un événement est passé par rapport à un autre. Ces deux théories rendent donc compte de la même séquence d'événements dans l'univers, ordonnés de la même façon, seulement l'une, contrairement à l'autre, considère que l'actualité, le fait d'être présent, est une propriété importante qui vient s'ajouter à cette séquence tandis que pour l'autre c'est une notion purement relative à l'intérieur de cette séquence.

McTaggart argumente en faveur de la théorie B. Affirmer d'un événement futur qu'il n'est pas actuel mais qu'il le sera semble introduire une régression à l'infini : on est en train de postuler implicitement une dimension de temps supplémentaire, suivant laquelle un événement futur devient présent. Si l'on se refuse à postuler ceci, alors « sera » n'a d'autre sens que « est » (puisqu'on parle déjà d'un événement futur), et il faut admettre que l'événement futur est tout autant actuel que l'événement présent. Donc rien ne différencie le présent du passé ou du futur, en terme de propriété associée aux événements : si l'un est actuel, tous sont actuels.

Je pense que cette conclusion pose de nombreux problèmes, puisqu'alors l'actualité devient simplement inexpliquée (et ce problème rejaillit en philosophie de l'esprit, quand il est question d'expliquer l'aspect phénoménal de l'expérience consciente). Cependant je souhaite d'abord m'attarder sur un autre argument qui motive les théories B du temps, qui est que la théorie de la relativité, en faisant de la simultanéité une notion relative au référentiel, invalide la théorie A (Voir le schéma ci-dessus, réalisé avec inkscape : les lignes plutôt horizontales représentent les événements simultanés du point de vue respectif de deux observateurs en déplacement relatif, et servent à mesurer les distances dans le référentiel de chacun de ces observateurs. On voit qu'il n'y a pas de simultanéité absolue. Les lignes plutôt verticales représentent l'emplacement de l'observateur au cours du temps, et servent à mesurer les durées dans son référentiel. Les surfaces colorées représentent les cônes passés et futurs de chacun des observateurs, c'est à dire les événements reliés à l'observateur par des informations voyageant au mieux à la vitesse de la lumière).

mercredi 5 juin 2013

Matérialisme et idéalisme, réalisme et empirisme, deux vision du monde

Il existe deux façon d'envisager les fondements. L'une prend point de vue de l'ontologie, les fondements du monde : la matière, et l'autre celui de l'épistémologie, les fondements de la connaissance : la conscience. De manière surprenante, chacune peut prétendre être le vrai et seul fondement, englober l'autre, en faire une illusion.

Ainsi on peut prétendre, d'un point de vue matérialiste, que la conscience n'est qu'un dérivé de la matière, puisque nous sommes nous même constitués de matière. Y voir une chose irréductible, indépendante du monde matériel, tient de l'illusion, un attachement puérile à notre propre situation (comme on a pu croire que la terre était le centre de l'univers) qu'il faut dépasser. Mais d'un point de vue idéaliste, la matière n'est jamais qu'une représentation, un objet de l'esprit, et c'est s'illusionner que de prendre nos représentations pour la réalité. Ce qui existe vraiment ce n'est pas la matière, mais l'expérience consciente. Le matérialiste dira qu'un relativisme confinant à l'absurde guette l'idéaliste, incapable de rendre compte du monde, de l'objectivité, faisant du succès de la science un miracle, et ce dernier reprochera en retour au premier de proposer une vision du monde elle même absurde, puisqu'incapable de rendre compte de notre existence sans invoquer le surnaturel, et de faire de nos prétendues capacités de connaître le monde dans sa constitution même un miracle.

Il s'agit là d'un clivage qui, sous d'autres formes, traverse l'histoire de la philosophie. On retrouve cette division, par exemple, dans la fameuse querelle des universaux qui oppose réalisme et nominalisme, dans le débat classique entre rationalisme et empirisme, et aujourd'hui, en philosophie des sciences, dans le débat qui oppose empirisme et réalisme scientifique. A chaque fois la question est la même, en quelque sorte : les objets de la connaissance sont-ils dans le monde ou dans notre esprit ? L'épistémologie doit-elle être éludé comme une simple question de point de vue sur le monde, ou au contraire joue-t-elle un rôle essentiel dans notre ontologie ? Ou l'on voit que de manière générale, philosophie des sciences et de l'esprit sont pieds et poings liées.

Si ces débats perdurent depuis l'antiquité, on peut peut-être y voir, à l'instar de van Fraassen, des différences d'attitudes philosophiques plutôt que de réelles positions qu'on pourrait trancher. Il s'agirait de privilégier certaines intuitions plutôt que d'autres : d'un côté l'intuition que nous faisons partie du monde matériel, de l'autre celle que le monde est une représentation. Chacune semble une intuition également valable et forte, dont il est légitime de vouloir rendre compte. Mais quel que soit le camp qu'il choisit, il existe une certaine tension vis à vis du camp opposé que le philosophe doit s'efforcer de résoudre.

lundi 3 juin 2013

La carte des corrélations entre positions philosophiques

Voilà, je n'ai pas pu m'empêcher de recommencer mes "geekeries"... La lecture de cet article "what do philosophers believe?" qui recense diverses statistiques sur les positions des philosophes sur différents thèmes m'a beaucoup intéressé. Mais ce n'est pas tant la partie sur les positions les mieux représentées qui m'a fasciné que celle qui montre les corrélations entre ces différentes positions. Il m'a semblé qu'il y avait une certaine cohérence dans ces corrélations, ce qui s'est confirmé après avoir griffonné rapidement un petit schéma sur un papier. Le schéma se complexifiant, je suis passé aux outils informatiques (inkscape) pour me faciliter la tâche. Et voilà où tout ça m'a mené : j'ai passé mon samedi à réaliser une jolie infographie représentant les corrélations entre les différentes positions philosophiques, sur laquelle on voit clairement que celles-ci se rangent en deux camps bien séparés. La voici (cliquer pour agrandir) :

lundi 20 mai 2013

Obsolescence programmée et asymétrie de l'information

Le débat sur l'obsolescence programmée part sur de mauvaises bases. On ne sait pas de quoi on parle. Qu'est-ce à dire qu'un constructeur diminue délibérément la durée de vie d'un produit pour augmenter son chiffre d'affaire ? On pense évidemment à des cas caricaturaux : l'ajout d'une puce électronique qui signerait artificiellement l'arrêt de mort d'un produit pour nous forcer à en racheter un neuf. Mais bien sûr il est plus intéressant pour le constructeur d'acheter des composants de moins bonne qualité, moins chers, pour diminuer d'autant la durée de vie de son produit en réduisant ses coûts sans recourir à un tel artifice. Alors s'agit-il toujours d'obsolescence programmée ? Si l'on pense que non, alors effectivement, l'obsolescence programmée est un mythe, sauf cas rares. Pourtant au final le résultat est le même...

Il y a un aspect fallacieux dans les arguments qui prétendent que l'obsolescence programmée n'existerait pas, la durée de vie étant l'un des aspects d'un produit à optimiser en fonction du marché parmi d'autres (dont le prix ou l'apparence). Qu'une durée de vie courte soit induite par des mécanismes de marché n'enlève rien au fait que cette durée de vie soit programmée par les constructeurs, justement en vue de s'adapter au marché. Alors à partir de quand peut-on parler d'obsolescence programmée plutôt que d'optimisation de différents critères ?

jeudi 16 mai 2013

Contre la survenance

On dit d'un état réalisé qu'il survient sur un état de base quand il en dépend entièrement, c'est à dire qu'il ne peut y avoir de différence dans l'état réalisé qui n'ait pour origine une différence de l'état de base. On pourra dire, par exemple, que la température d'un liquide survient sur l'état moléculaire de ce liquide, dans la mesure où toute différence de température a pour origine une différence d'état moléculaire (bien que l'inverse ne soit pas vrai : une différence moléculaire peut être indifférente vis à vis de la température).

Il est coutume en philosophie de l'esprit, et notamment pour les physicalistes, de parler de survenance à propos des états mentaux : ces derniers surviendrait sur les états physiques de nos cerveaux. Je pense que c'est une erreur. Il me semble en effet qu'on fait face à un problème. Kim montre qu'un état survenant ne peut être doté d'une causalité propre qui ne se réduise à un pouvoir causal de ses constituants de base. Mais au nom de quoi devrait-on créditer d'une existence propre, c'est à dire autre que nominale, un état qui par ailleurs n'entretient aucune relation causale distinctive avec nous et qu'on peut donc fort bien, dans nos représentations du monde, remplacer avantageusement par un état de base plus complet ?

dimanche 7 avril 2013

Entre réalisme et constructivisme

On peut parler de réalisme scientifique (au sens sémantique) si l'on pense que nos concepts scientifiques dépendent essentiellement de la réalité qu'ils visent. Ainsi je suis réaliste à propos des électrons si je pense que le concept d'électron dépend essentiellement d'éléments de la réalité, ceux dont je parle quand je parle d'électrons (bien sûr il conviendrait de clarifier cette idée de référence sémantique, mais je ne m'étendrait pas la dessus).

La position réaliste n'implique pas que les aspects externes aux objets étudiés, par exemple des aspects sociaux ou psychologiques, ne jouent aucun rôle en science. On peut penser, par exemple, que certaines contraintes sociales opèrent une sélection sur les concepts et domaines qu'on juge intéressants ou non d'étudier. Cependant pour le réaliste, ces aspects n'impactent pas de manière essentielle la représentation que nous nous faisons des électrons, ou de tout autre objet théorique, mais seulement des aspects externes à cette représentation, comme le fait que nous nous y intéressions ou non.

En ce sens, le réalisme s'oppose à l'instrumentalisme, qui prétend que nos concepts scientifiques dépendent essentiellement de l'interaction de l'homme avec le réel plutôt que du réel lui même, ou au constructivisme social, qui prétend qu'ils dépendent essentiellement de facteurs sociaux (ou encore une fois de l'interaction du social avec le réel).

samedi 6 avril 2013

Problème moral et introspection -- suite

Afin de clarifier l'analogie entre le problème moral et le problème de l'introspection que j'évoquais dans l'article précédent, je me suis fendu d'un petit schéma (réalisé avec le logiciel inkscape -- cliquer pour agrandir) :



La flèche intitulée « action » exprime la psychologie humienne : être motivé à agir, c'est avoir un désir et une croyance pratique associée à la réalisation de ce désir. Le problème moral tel qu'exprimé par Smith provient du fait qu'une croyance morale semble a elle seule induire une motivation. La solution de Smith est illustrée par la flèche intitulée « ajustement moral » : une croyance morale induit en fait une modification des désirs.

La flèche intitulée « perception » exprime le fait que pour fonder une croyance nouvelle sur la base de données sensibles, il faut non seulement un aspect phénoménal associé à ces données, mais aussi une certaine attitude motivationnelle (ne serait-ce qu'une attention portée à l'objet et certaines attentes). Le problème de l'introspection serait alors plutôt qu'une attitude motivationnelle à elle seule (comme le fait que je regarde une chose) donne lieu à une croyance en l'absence de données des sens. Une solution possible, exprimée par la flèche « introspection », serait que nos attitudes motivationnelles induisent elle-même une modification d'aspects sensibles, qui peut ensuite devenir l'objet de croyances/connaissances.

Je ne suis pas sûr que ce schéma corresponde vraiment à une réalité. Il est peut-être simpliste, on pourrait en discuter longuement, ajouter des flèches, tenter de faire des liens avec les neurosciences, etc. Mais je pense qu'il doit s'en approcher d'une certaine manière. En particulier la distinction entre les éléments propositionnels et phénoménaux me parait importante. Les premiers sont dispositionnels : un désir, comme une croyance, est avant tout une disposition à agir d'une certaine façon. Les seconds sont actuels. Cette distinction est importante, puisqu'il s'agit là de la distinction entre forme et contenu, dont on peut dire que la question de leurs liens traverse toute la philosophie (on la retrouve dans la querelle des universaux en métaphysique, le physicalisme et la question des qualia, le structuralisme en philosophie des sciences, mais aussi sans doute en philosophie politique ou en philosophie morale avec les questions touchant à la normativité et aux valeurs). C'est aussi l'objet du livre de Schlick « forme et contenu », sur lequel je pense prochainement proposer une note de lecture.

mercredi 3 avril 2013

Analogie entre le problème morale et le problème de l'introspection

Dans « The moral problem », Smith présente ce qu'il considère être le problème central en méta-éthique, à savoir le rapport entre la praticité et l'objectivité des faits moraux : si on pense que les faits moraux sont objectifs, pourquoi « doit »-on les respecter ? Il pose le problème sous forme d'un trillemme :
  • (1) les jugements moraux sont des croyances à propos de faits objectifs (objectivité)
  • (2) un jugement moral implique à lui seul une certaine motivation à agir (praticité)
  • (3) la motivation à agir suppose un désir (en plus d'une croyance pratique qu'agir de telle sorte permettra de combler ce désir) (psychologie humienne)

Ces trois affirmations semblent incohérentes, puisqu'un jugement moral seul peut nous motiver à agir sans pour autant constituer un désir, contrairement à la psychologie humienne. Il me suffit apparemment de croire que donner à la charité est une bonne chose pour être réellement motivé à le faire (en dehors de motivations contraires). Le problème est donc qu'il ne semble pas y avoir de lien clair entre croyance et désir.

dimanche 31 mars 2013

Le débat Lordon/Bohler : sociologie et neurosciences

La dernière émission d'arrêt sur image qui portait sur les événements récents concernant Chypre [accès payant] fut l'occasion d'un débat dans le débat entre Sebastien Bohler et Frédéric Lordon, qui, de mon point de vue intéressé, était le passage le plus intéressant de l'émission.

[EDIT]Quelques modifications ont été apportées suite au revisionnage de l'émission [/EDIT]

Tout commence par la chronique de Bohler [accès libre] qui nous propose un bout d'explication neuropsychologique aux paniques bancaires à travers l'anxiété générée par les médias, qui, par un processus d'accumulation, pourrait mener à la panique : des images captant l'attention du téléspectateur et un discours anxiogène en voix off, perçu inconsciemment par le cerveau, augmenteraient le taux de certaines hormones dans le cerveau qui, dépassant un certain seuil, provoquent la panique.

A la suite de cette chronique, Lordon est embêté. Il ne veut pas être désobligeant, mais lui lutte au quotidien contre l'extension de la « neuro-sociologie ». Il y a là, selon lui, de vrais problèmes épistémologiques, notamment celui du réductionnisme. Non que la neuropsychologie n'ait pas un intérêt en elle-même, mais son extension à la sociologie est problématique : ce sont les facteurs sociaux qui en dernier lieu sont la seule explication aux paniques bancaires, et, va-t-il jusqu'à affirmer, ces neurones qui s'allument dans le cerveau sont des épiphénomènes (des phénomènes sans efficacité causale). A ceci s'ajoute un autre problème : la neuropsychologie tendrait à capter tous les crédits de recherche au détriment de la sociologie, parce qu'elle se pare d'une aura de « scientificité » que n'a pas la sociologie.

Bohler se défend : d'une part on ne peut nier que le fonctionnement du cerveau ait un rôle social. La preuve : les médias savent parfaitement utiliser nos biais cognitifs à des fins commerciales. Des études montrent également que les sujets soumis aux discours anxiogène des médias ont tendance à surestimer la dangerosité de leur environnement social. Par ailleurs, Bohler se défend de vouloir réduire la sociologie à la neuropsychologie, ni que les neurosciences le prétendent en général, au delà de quelques chercheurs isolés. Les faits neuronaux sont simplement une partie de la chaîne causale.

Malgré tout Lordon semble penser que la neuropsychologie n'a rien à nous apprendre sur la sociologie ([EDIT] même s'il revient légèrement sur cette position ensuite), et qu'elle constitue même un danger, notamment à travers la manipulation des esprits qu'elle rend possible (par exemple avec le neuromarketing).

Voilà donc un débat qui aborde en très peu de temps toute une série de sujet intéressants : la sociologie des sciences, les liens entre savoir et praticité et le réductionnisme scientifique.

vendredi 15 mars 2013

Note de lecture – everything must go : metaphysics naturalised.

J'ai été plutôt surpris en bien au commencement de ma lecture de ce livre, dont j'avais déjà lu quelques commentaires m'ayant laissé penser qu'il devait s'agir d'une sorte de traité de scientisme « hard-core » qui prétendrait reléguer la métaphysique, ou bien la philosophie tout entière, aux oubliettes (après tout le premier chapitre s'intitule « in defence of scientism »). En fait il s'agit bien de faire de la métaphysique, et au final je me suis trouvé plutôt en accord avec les auteurs (Don Ross, James Ladyman et David Spurrett), du moins jusqu'à un certain point. Je propose ici un résumé du livre, suivi d'une brève discussion.

dimanche 3 mars 2013

Darwinisme généralisé, téléologie et causalité mentale

– Le darwinisme permet de se passer de la téléologie comme processus d'évolution. Une espèce est adaptée à son environnement non pas parce qu'elle (ou quelqu'un d'autre) a voulu qu'elle soit adaptée, mais parce qu'une sélection s'est effectuée sur les individus de cette espèce qui l'a en quelque sorte modelée conformément à son environnement. Il n'y a pas de but dans la nature, l'évolution est aveugle.

– Peut-être bien. Mais dans le domaine du mental, par contre, on ne semble pas pouvoir se passer de la téléologie. A l'évidence nous formons des buts et agissons en conséquence.

– Est-ce bien vrai, ou refuse-t-on de s'en passer parce qu'on est trop impliqué et que ça infligerait une blessure trop grande à notre ego ? Tu connais les expériences de Benjamin Libet, qui prédisent l'action d'un individu plusieurs secondes avant la décision consciente qui lui correspond, simplement en observant le champs électrique du cerveau. Peut-être que la téléologie est une illusion. Au fond on pourrait peut-être même appliquer un raisonnement darwinien qui abolirait la téléologie dans le domaine de la psychologie aussi bien qu'il a pu le faire en biologie.

mardi 19 février 2013

Bienvenu au Loukhistan !

Je viens de terminer de remanier mon utopie économique : Bienvenu au Loukhistan !

Les commentaires critiques sont plus que bienvenus (notamment si vous êtes spécialistes en économie...)

lundi 28 janvier 2013

L'interprétation d'Everett et la règle de Born

Je me suis un peu intéressé ces derniers jours (à la suite de la lecture de cet article en pre-print) au débat concernant l'interprétation d'Everett de la physique quantique et le problème de la dérivation de la règle de Born qui s'y pose. Je me propose ici de fournir une version aussi vulgarisée que possible de ce débat complexe, ainsi que de faire état de quelques unes de mes réflexions sur le sujet.

dimanche 20 janvier 2013

Commentaire sur "où doit s'arrêter la recherche scientifique"

L'AFIS publie sur son site un très mauvais article « où doit s'arrêter la recherche scientifique ? » qui me semble relever d'une grande confusion entre deux façon d'envisager les limites de la science : en un sens pratique ou en un sens théorique. Dans le premier cas il s'agit de dire que la science ne doit pas franchir les limites d'un certain territoire, sous peine de conséquences néfastes. Dans le second, il s'agit de dire qu'elle ne peut pas les franchir, qu'elle n'en a pas les possibilités (c'est la même différence qu'il peut y avoir entre une limitation de vitesse sur un panneau et une limitation du moteur de ma voiture). Seule la première compréhension de « limite » se veut normative. En confondant les deux, et en prétendant ainsi que certains métaphysiciens ou philosophes voudrait limiter, en pratique, la recherche en physique fondamentale (ce qui à ma connaissance est faux), l'auteure s'attaque à un homme de paille.

samedi 19 janvier 2013

Entre relativisme et absolutisme

A lire certains penseurs, on peut avoir l'impression, à l'occasion, qu'ils posent au départ ce qu'ils comptent nous montrer et qu'ils sont fautif d'un raisonnement circulaire. Ce n'est sans doute pas à tort, mais je ne pense pas qu'il faille leur en tenir rigueur, puisque d'autres penseurs ont pu montrer que ce type de raisonnements circulaires est inhérent à la science même. On peut alors interpréter charitablement ces auteurs (sous couvert d'une certaine ouverture de leur pensée) comme nous proposant un système fondé sur l'intuition, comme en déroulant les conditions de possibilité et en établissant la cohérence, à la manière dont un scientifique pourrait présenter la cohérence d'une nouvelle théorie en regard de nos connaissances passées.

La question se pose de savoir si la circularité de nos représentations entraîne leur incommensurabilité respective. C'est bien là la conclusion que semble en tirer Kuhn : puisque toute théorie est un tout qu'on confronte en bloc au monde, au point que les résultats même des mesures ne peuvent être interprétés qu'à l'aulne de la théorie elle même, aucune théorie n'est finalement commensurable à une autre. A l'extrême nous avons un relativisme complet, qui pourrait nous laisser croire, par exemple, que la pensée orientale est définitivement hors de portée d'un occidental (et inversement). Voilà qui semble un peu fort de café...

Mais l'autre extrême qui consiste à croire qu'il existe quelque part (dans un monde platonicien, sans doute) une représentation définitive et totale du monde, ne vaut, me semble-t-il, pas beaucoup mieux puisqu'elle semble fermer la porte à toute considération éthique, rendant cette dernière insignifiante au moins à terme. En effet, l'ouverture du futur est un prérequis à la liberté, et elle suppose une indétermination inhérente au réel rendant toute représentation nécessairement incomplète. Mais surtout, un futur simplement ouvert et indéterminé, de la même manière pour tous, est tout aussi absurde et incapable de justifier la liberté. Il est un autre prérequis à la liberté qui est l'existence de représentations privées, de déterminations appartenant en propre au sujet libre.

Ce que m'intéresse, donc, c'est la possibilité d'un entre-deux : comment ne pas sombrer dans un relativisme qui rendrait arbitraire toute connaissance, ni dans un absolutisme de la connaissance qui annihilerait la possibilité d'une éthique ? Ces deux extrêmes me semblent tous deux mener à l'absurde, chacun à leur manière, en rendant notre existence impossible (alors qu'à l'évidence, elle l'est !). La solution médiane, le « système », que je propose (à titre d'ébauche) est le contextualisme : l'éthique est possible, mais elle est contextuelle, c'est à dire relative à un point de vue. La connaissance est possible, mais elle est, elle aussi, contextuelle. Nous allons voir en quoi cette position ne se ramène ni à un absolutisme ni à un relativisme.