jeudi 27 septembre 2012

Une défense incompatibiliste du libre arbitre

On retrouve chez certains bloggers américains (par exemple le biologiste Jerry Coyne) un argumentaire visant à nier l'existence du libre arbitre sur la base de nos connaissances scientifiques. Les billets portant sur le sujet sont prétexte à nombreux débats, et notamment des réponses argumentées de philosophes. Cependant la quasi-totalité des réponses que j'ai pu lire sont compatibilistes, c'est à dire qu'elles entendent nier que le déterminisme allié au naturalisme soit un problème pour le libre arbitre. On peut vivre dans un monde obéissant à des lois strictes et néanmoins être libre.

Ces réponses ont souvent le bon goût de rappeler que la liberté n'est pas si facilement aliénable, et qu'il y a un monde entre nos représentations physiques de la nature et notre existence d'être humain. Cependant à mon sens elles n'en tirent pas assez les conséquences quant aux rapports qu'entretiennent ces existences humaines et le monde physique, et de ce fait restent non convaincante vis à vis des négationnistes du libre arbitre, qui situent justement le débat sur ce rapport. Elles acceptent trop volontiers les termes du débat quant à leurs composantes scientifiques. Le compatibiliste ne se sent pas la légitimité de remettre en question l'idée que nous vivons dans un monde déterministe, et tente inutilement de s'en arranger. Or si une réalité physique parfaitement déterminée est vraiment « tout ce qui existe », on aura beau jeu de ne voir dans ces arrangements que d'inutiles bavardages.

C'est pourquoi je souhaite ici proposer une réponse non compatibiliste (mais pas pour autant dualiste) à l'argument qui veut montrer sur la base de notre conception de la nature que le libre arbitre n'existe pas.

Commençons par proposer une formulation de cet argument. On peut le résumer comme suit :

(1) Un sujet est libre si son comportement est, d'un point de vue extérieur, à la fois imprévisible (a priori) et cohérent (a posteriori).
(2) Le comportement d'un sujet se réduit à des faits physiques.
(3) Les faits physiques sont soit prévisibles, soit incohérents à notre échelle.


(1) + (2) + (3) => un sujet (à notre échelle) n'est pas libre

Analysons ces propositions unes à unes.

dimanche 23 septembre 2012

La connaissance naturalisée

Certains billets récents nous ont permis de voir qu'on peut identifier la conscience, abstraction faite de ses aspects phénoménaux, à l'instanciation de connaissances (compris comme quasi-synonyme de croyances), et la connaissance instanciée dans un comportement à l'union d'un mécanisme fonctionnel et d'une intention. Dans une perspective naturalisante, comment identifier la connaissance dans le monde d'un point de vue extérieur ?

La question n'est pas évidente si, comme nous l'avons vu, la connaissance réunit deux aspects contradictoires, l'un mécanique et l'autre intentionnel, dont le second justement échappe par principe à un point de vue extérieur. C'est donc paradoxalement le mécanisme, sous réserve de lisibilité, qui révèle l'intention, précisément parce que tout aspect mécanique est relatif à un fondement de connaissances préexistantes, qu'il ne vient jamais de nulle part. Il s'en faudrait d'un hasard extraordinaire que tel mécanisme, par exemple un système d'irrigation sur une île abandonnée, ne relève pas d'une intelligence, donc d'une intention. On aurait donc tort d'opposer le mécanisme et intention, parce qu'ils sont complémentaires et que l'un peut révéler l'autre.

En quelle mesure cette vision des choses est-elle généralisable, et en particulier, peut-on voire dans la mécanique propre au vivant une forme de connaissance ? Peut-être alors le fait que le corps humain s’apparente sous certains aspects à une machine causale et le cerveau à un ordinateur (mais aussi le fait que ces aspects ne suffisent pas à rendre compte entièrement du corps et du cerveau) tient au fait qu’ils sont le lieu et l’outil d’une conscience intentionnelle : un fond de connaissances innées sur lesquelles ont pu émerger, notamment, les cultures humaines. Pour arriver à cette hypothèse, commençons par décliner l'identification de la connaissance depuis un point de vue extérieur suivant trois approches distinctes, mais convergentes : qu'est-ce qui nous permet d'inférer que tel organisme est doué d'intention, ou dispose de connaissances/croyances sur son environnement ?

lundi 3 septembre 2012

L'arbre de la vie

Pendant les vacances, j'ai eu le temps de créer cet "arbre de la vie". Reprenant un ancien dessin que j'avais fait il y a quelques années, et suivant le même principe : plutôt que de vouloir être équilibré et représenter des espèces de toutes les familles (donc énormément d'insectes et de bactéries et juste quelques mammifères), ce qui donne un arbre illisible, ou plutôt que de se restreindre aux grandes classes pour proposer une vision globale mais manquant de précision, il s'agit de prendre un parti résolument subjectif et anthropocentrique, mais qui offre un bon compromis entre la profondeur de l'arbre et sa clarté : ne montrer que les espèces "connues".

Ici j'ai poussé le principe un peu plus loin encore :

  • en ne représentant que les espèces "vraiment connues" (exit le gecko ou le triton) et parfois en omettant des espèces dont chacun sait qu'elles sont apparentées (comme le poney au cheval, le caribou au renne), afin de réduire drastiquement la taille de l'arbre
  • en refusant de placer toutes les espèces sur le même plan, c'est à dire sur un cercle, ce qui tiens du principe d'objectivité (ne privilégier aucune espèce) mais au détriment de la clarté et de l'utilisation de l'espace. Ici les espèces sont placés suivant des critères purement esthétiques.

Voici donc le résultat (clic droit, ouvrir dans un nouvel onglet pour agrandir) :

Et le fichier source au format svg pour ceux qui souhaiteraient l'améliorer.

Creative Commons License
L'arbre subjectif du vivant by Quentin Ruyant est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 France.

Source : TOL web, Wikipedia