mardi 28 février 2012

La possibilité d'une éthique scientifique


Sur de nombreux sujets on voit s'opposer science ou scientisme et éthique. Par exemple en écologie : on oppose l'exploitation intensive de la nature à un "respect" qui peut faire figure de principe moral sans fondement scientifique, un "retour à la nature" illusoire, car l'agriculture n'a au fond jamais rien eu de naturel, ou une sacralisation de la vie, concept dont on peine à définir les limites. A ce moralisme sans fondement on oppose donc une rationalité dirigée vers des buts concrets, c'est à dire une éthique utilitariste.

Pourtant c'est bien l'exploitation intensive de la nature, sous-tendue jadis par une logique utilitariste, qui est à l'origine des drames écologiques que nous connaissons aujourd'hui (réchauffement climatique, extinction des espèces, appauvrissement des sols, déforestation, marées vertes...). L'utilitarisme se heurte ainsi à l'objection du scientisme : il souffrirait d'une présomption excessive en la complétude de nos connaissances à un instant donnée, compromettant ainsi l'avenir (un peu à l'image de l'introduction non maîtrisée du lapin en Australie). Seulement ce triste constat peine à trouver une traduction éthique. En effet l'utilitarisme aura beau jeu de se justifier a posteriori : effectivement, les choix n'étaient pas forcément les bons, et ce même d'un point de vue utilitariste, mais nous le savons maintenant. Mais s'il ne valait pas alors, puisqu'il a mené là ou l'on sait, alors pourquoi l'utilitarisme vaudrait-il aujourd'hui ? On invoque alors tant bien que mal un principe de précaution qui fait figure de palliatif, de garde-fou, faute d'un véritable cadre éthique qui serait à même de réguler nos actions, d'intégrer notre savoir comme notre ignorance, ce sans sombrer dans les peurs irrationnelles, le moralisme dogmatique, le repli sécuritaire, mais sans mener aux mêmes aveuglements. Alors, quelle alternative ?

samedi 25 février 2012

Littérature et science

A priori, science et littérature n'ont rien à voir. La première vise à s'éloigner du particulier pour atteindre l'universel, à s'éloigner du subjectif pour atteindre l'objectif, faisant de chaque expérience la simple instanciation de lois intemporelles. Elle s'occupe du réel et cherche à dissoudre les illusions. Enfin son projet est descriptif, c'est à dire passif et atemporel. Au contraire la littérature (ou le cinéma, ou la bande dessinée, ...) nous plonge dans le particulier, dans la situation concrète. Elle revendique la subjectivité du point de vue, la temporalité, l'engagement émotionnel actif.

dimanche 5 février 2012

La réalité des objets mathématiques

Les objets mathématiques existent-ils dans un "espace mathématique" ou seulement dans nos têtes ? 

D'un côté, affirmer que les objets mathématiques existent absolument semble étrange. Toute chose n'a-t-elle pas sa source dans l'immanence ? Pourtant il existe de bons argument pour s'opposer à une vision "sensualiste" des mathématiques. Ainsi face à l'idée que les nombres ne seraient que l'agrégat de nos expériences, Cassirer (dans "substance et fonction") oppose des arguments forts, et effectivement, on voit mal comment l'édifice entier des mathématiques et sa rigueur pourraient n'être que des intuitions empiriques.