jeudi 28 avril 2011

La connaissance et la liberté

Si j’observe une corrélation, rien ne m’indique de lien de causalité, il se peut qu’il y ait plutôt une cause commune. Ainsi, pour reprendre un exemple connu, s’il y a une corrélation indéniable entre le port du briquet et la prédisposition au cancer du poumon, rien n’indique que l’un cause l’autre. La seule possibilité pour moi de mettre en évidence un lien de causalité est de jouer sur un paramètre et d’observer l’effet qui en résulte : si je force quelqu’un à porter un briquet, la probabilité qu’il meure d’un cancer du poumon n’augmentera sans doute pas ; il n’y a donc pas vraiment causalité, mais seulement corrélation.

On voit que c’est l’indépendance de la cause quant à l’effet qui seule peut me permettre de mettre en évidence un lien de causalité entre deux types d’événements : il faut, pour qu’il y ait réellement causalité, que la cause puisse ne pas avoir eu lieu, et que dans ce cas il n’y ait pas eu d’effet. Or la seule source authentique d’indépendance est la liberté ; le seul usage adéquat du conditionnel est quand le choix est réel, quand la condition peut réellement se produire ou ne pas se produire. Concrètement, c’est ma possibilité d’agir librement sur un paramètre qui me permet de mettre en évidence la causalité.

L’idée de causalité est donc fondée sur celle de liberté. C’est la liberté du sujet cognitif, considérée comme source d’indépendance, qui permet d’établir le lien de causalité de manière sûre. Ce lien peut ensuite être étendue au delà du champs de l’action humaine. Par exemple on dit que la masse du soleil cause la trajectoire de la terre parce que l’on a établit la causalité entre masse et trajectoire par ailleurs. Mais s’il n’y avait aucune liberté nulle-part, aucune contingence, donc aucune réelle indépendance des faits entre eux, il n’y aurait pas lieu de parler de causalité : on pourrait simplement dire qu’il y a succession logique des faits, et celle-ci, contrairement à la causalité qui est dirigée vers le futur, serait réversible, indifférente au sens d’écoulement du temps.

Il est donc étonnant de voir le principe de causalité se retourner contre la liberté, parce qu’alors il se retourne contre lui même.

mardi 26 avril 2011

Doit-on vraiment avoir une opinion politique ?

Il y a un problème d’intégration culturelle dans les banlieues - Il y a un problème d’exclusion sociale dans les banlieues - Il n’y a pas de problème si important que ça dans les banlieues - Il faut répondre à l’insécurité de manière autoritaire - Il faut favoriser la mixité sociale - La France est dirigée par une oligarchie - Les travailleurs sont exploités par le capital - Les musulmans ne peuvent pas vivre en république - La fiscalité française fait fuir les investisseurs - Les dépenses sociales plombent l’économie - Le chômage est l’armée de réserve du capitalisme - Les chinois nous prennent nos emplois - La religion est la cause de toutes les guerres - Pour l’économie, rien ne vaut une bonne guerre - Les gens ont besoin d’un leader  - Nous sommes trop nombreux sur terre - Les gens des pays émergents veulent vivre comme nous - Il existe une misère sociale qui ne cesse de s’agrandir - Il existe une insécurité qui ne cesse de s’agrandir - Les français pensent que... - Les français en ont marre de... etc, etc.

Les opinions, les représentations, sont partout, véhiculées par les hommes politiques, par les médias... Elles se transmettent comme des virus, aux comptoirs des bistrots ou autour des machines à cafés, sur les plateaux télés, au fils des articles de blogs, des commentaires... Le monde politique dans son ensemble fait lui même parfois figure de grand marché aux représentations, où l’on nous refourgue des points de vue comme on nous vendrait des poires ou des échalotes.

Bien sûr, on ne saurait se passer de représentations. C’est sur leur base qu’on sélectionne et interprète les faits. C’est avec elles qu’on pense. Ce qui importe donc, ce n’est pas d’en avoir ou pas, c’est plutôt la qualité de celles que l’on a. Mais comment en juger ? Ou bien ne devrait-on pas cesser de prendre nos propres représentations trop au sérieux ?